Nord Caraïbe

Nord Caraïbe

Nord Caraïbe

La côte sous le vent de la Martinique, entre la mémoire de Saint-Pierre, les pentes de la Pelée, les distilleries de rhum agricole et les villages de pêcheurs du nord.

La côte Nord Caraïbe s'étire sur une cinquantaine de kilomètres entre Schœlcher, juste au nord de Fort-de-France, et Grand-Rivière, village de pêcheurs adossé aux falaises du nord. C'est la façade sous le vent de l'île, abritée des alizés par la chaîne des pitons et de la montagne Pelée. Le sable y est gris à noir, hérité des coulées volcaniques, l'eau souvent calme le matin, et la végétation devient plus dense à mesure qu'on remonte vers le nord.

Saint-Pierre concentre la mémoire de la région. L'éruption du 8 mai 1902 a rayé en quelques minutes ce qui était alors la capitale économique de la Martinique et fait environ 28 000 morts. On parcourt aujourd'hui les ruines du théâtre, le cachot de Cyparis, l'ancien quartier du Mouillage, et le musée Frank Perret conserve objets fondus, cloches déformées et photographies d'avant la catastrophe. La baie, classée parmi les sites de plongée sur épaves, abrite une douzaine de navires coulés ce jour-là, dont le Roraima et le Tamaya, accessibles entre 20 et 50 mètres de fond.

Au sud de Saint-Pierre, Le Carbet marque le débarquement attribué à Christophe Colomb en 1502 et celui, mieux documenté, des premiers colons français en 1635. L'anse Turin, où Gauguin a peint pendant cinq mois en 1887, garde une petite case-musée. C'est aussi le territoire du rhum agricole : la distillerie Neisson, encore familiale, produit son rhum blanc 50° et 70° à partir de cannes cultivées sur le domaine; Depaz, installée sur les pentes de la Pelée, occupe l'ancienne habitation reconstruite après 1902 et propose la visite des chais et du château.

Plus au nord, la route se rétrécit. Le Prêcheur, dernier bourg avant la pointe, vit de la pêche et de quelques cultures vivrières. La plage d'Anse Céron, ombragée de raisiniers, fait face au rocher de la Perle, site de plongée connu pour ses tortues vertes. Au-delà, la route s'arrête à Grand-Rivière. Pour rejoindre Anse Couleuvre, il faut soit marcher trois heures sur le sentier littoral à travers la forêt hygrophile, soit négocier la traversée en yole avec un pêcheur du village, environ 20 minutes de mer.

La cuisine reflète cette double identité, côtière et agricole. On mange le matoutou de crabe à Pâques, les écrevisses de rivière (z'habitants) dans les snacks de bord de route au Morne-Rouge, le poisson grillé chez les pêcheuses de Grand-Rivière, et partout le ti-punch à base de rhum agricole, sucre de canne et citron vert. Les fêtes patronales, en particulier celle de Saint-Pierre en août, animent les bourgs avec bèlè et tambours.

L'arrière-pays change tout. À quelques kilomètres de la côte, on bascule dans les mornes : Morne-Rouge, à 450 mètres, sert de point de départ pour l'ascension de la Pelée par l'Aileron (1 397 m au sommet, 4 à 5 heures aller-retour). Les Gorges de la Falaise, à Ajoupa-Bouillon, se descendent en marche aquatique entre deux parois étroites. C'est cette combinaison de littoral volcanique, d'histoire dense et de reliefs accessibles qui justifie de consacrer plusieurs jours à la côte Nord Caraïbe plutôt que de la traverser en une journée.

À découvrir

Ruines et musée de Saint-Pierre. Les vestiges du théâtre, le cachot de Cyparis et le musée Frank Perret racontent l'éruption de 1902 en deux heures de visite, avant une plongée sur les épaves de la baie.

Distilleries Neisson et Depaz. Deux maisons de rhum agricole à moins de 10 km l'une de l'autre, l'une familiale au Carbet, l'autre installée sur les pentes de la Pelée avec son château reconstruit.

Ascension de la Pelée par l'Aileron. Quatre à cinq heures aller-retour depuis le parking du Morne-Rouge, par un sentier balisé qui débouche sur les caldeiras du volcan. Départ avant 7h pour éviter la nébulosité.

Grand-Rivière et Anse Couleuvre. Terminus de la route nord. On embarque en yole avec un pêcheur du bourg pour 20 minutes de mer, ou on marche trois heures dans la forêt hygrophile jusqu'à une plage de sable noir.

Gorges de la Falaise à Ajoupa-Bouillon. Marche aquatique encadrée d'une heure trente entre des parois resserrées, avec passage sous une cascade. Eau autour de 22°C, chaussures fermées indispensables.

Quand y aller

La côte Nord Caraïbe se visite toute l'année, mais le carême, de février à avril, offre les conditions les plus stables : 26 à 28°C sur le littoral, mer plate le matin, visibilité jusqu'à 30 mètres sur les épaves de Saint-Pierre. Décembre et janvier restent agréables, avec quelques grains courts. De juillet à octobre, l'hivernage apporte des averses plus longues et un risque cyclonique réel, surtout en septembre; la mer reste praticable mais les sentiers de la Pelée deviennent glissants.

Les variations d'altitude se sentent fortement. Sur la côte, comptez 25 à 28°C; au Morne-Rouge à 450 mètres, 4 à 5°C de moins et une nébulosité quasi quotidienne en fin de matinée. Le sommet de la Pelée, à 1 397 mètres, est couvert plus de 250 jours par an : pour avoir une chance de voir le panorama, partez tôt et privilégiez mars, avril ou les jours qui suivent un grand vent du nord-est.

Conseils pratiques

Comptez trois jours minimum pour saisir la région : une journée pour Saint-Pierre et ses musées, une pour les distilleries et les plages du Carbet et de l'Anse Céron, une troisième pour la randonnée de la Pelée ou la sortie à Grand-Rivière. Quatre à cinq jours permettent d'ajouter les Gorges de la Falaise, une plongée sur épaves et une nuit côté Morne-Rouge pour profiter du départ matinal sur le volcan. L'aéroport d'Aimé Césaire, à Fort-de-France, se trouve à 45 minutes de Saint-Pierre par la N2; la voiture de location reste indispensable, la route littorale est sinueuse mais en bon état jusqu'à Grand-Rivière.

La région se combine naturellement avec le Nord Atlantique, accessible en une heure par la traversée des mornes via Ajoupa-Bouillon ou la Trace, et avec Centre et Fort-de-France pour les soirées et la vie urbaine. Les voyageurs orientés plages blanches préféreront enchaîner avec le Sud balnéaire, à 1h30 de route. Le Nord Caraïbe convient particulièrement aux randonneurs, aux amateurs d'histoire coloniale et de rhum agricole, et aux plongeurs. Les familles avec jeunes enfants y trouveront moins leur compte qu'au sud, hormis sur les plages calmes du Carbet et de l'Anse Turin. L'hébergement reste à taille humaine : maisons d'hôtes, écolodges sur les hauteurs, quelques hôtels de charme à Saint-Pierre, pas de grandes résidences balnéaires.

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