Sud Atlantique et fonds blancs
Une lagune protégée par la barrière de corail, des hauts-fonds de sable où l'on se baigne à 3 km du rivage et une dizaine d'îlets entre le François et le Vauclin.
La côte atlantique du sud martiniquais s'étend du François au Vauclin, puis se prolonge vers Sainte-Anne par une succession de baies, de mangroves et d'îlets. C'est une géographie particulière : la barrière de corail, située à 2 ou 3 km au large, casse la houle de l'Atlantique et crée une lagune intérieure de faible profondeur. Sur certaines zones, le sable corallien forme des hauts-fonds où l'eau ne dépasse pas un mètre, en pleine mer. Ces fonds blancs, on les rejoint en yole ou en bateau à moteur depuis les pontons du François, du Vauclin ou du Robert un peu plus au nord.
Le François concentre l'activité nautique de la côte. Le bourg garde son ambiance de petite ville agricole avec son marché du samedi matin, ses distilleries voisines (Clément à l'Acajou, Habitation Saint-Étienne plus à l'intérieur) et sa rade ponctuée d'une dizaine d'îlets. Trois sortent du lot : l'îlet Oscar, propriété privée transformée en maison d'hôtes coloniale, l'îlet Thierry plus rustique, et l'îlet Chancel, le plus vaste, qui abrite encore une population d'iguanes des Petites Antilles, espèce endémique en recul ailleurs sur l'île. La baignoire de Joséphine, le haut-fond le plus connu, doit son nom à la tradition selon laquelle l'impératrice y aurait pris des bains. Aujourd'hui, c'est l'arrêt classique des journées en mer, avec ti-punch servi sur le pont et débarquement les pieds dans l'eau.
Plus au sud, le Vauclin et Le Marin organisent la plaisance martiniquaise. Le Marin abrite la plus grande marina des Caraïbes, environ 800 places, et concentre l'essentiel des bases de location de catamarans. C'est de là que partent les itinéraires vers Sainte-Lucie, les Grenadines ou la Dominique. Le bourg du Vauclin, lui, reste tourné vers la pêche côtière et conserve une morphologie de village créole, autour de son église et de son marché aux poissons. La pointe Faula, juste au nord du bourg, offre l'un des spots de kitesurf et de planche à voile les plus fréquentés de l'île grâce aux alizés constants soufflant entre 15 et 25 nœuds une grande partie de l'année.
L'arrière-pays mérite qu'on y prenne le temps. Les mornes du Vauclin culminent à 504 mètres et offrent des panoramas sur toute la côte est. Les terres entre le François et le Robert restent agricoles : champs de canne, bananeraies, élevages bovins de race brahmane. Les distilleries de la zone, Clément en tête, ont conservé leurs bâtiments d'habitation du XIXe siècle, transformés en parcours de visite avec dégustation. Le rhum agricole AOC Martinique se travaille ici à partir de jus de canne frais, ce qui distingue la production locale de celle des Grenadines ou de la Guadeloupe.
Côté table, la côte sud-atlantique cuisine ce que la mer apporte : oursins blancs (les chadrons) en saison réglementée, lambis, langoustes, vivaneaux pêchés à la nasse. Les restaurants des pieds-dans-l'eau autour du Cap Chevalier, à Sainte-Anne, ou sur la presqu'île du Vauclin servent des accras, du boudin créole, du colombo de poisson et le classique poisson grillé sauce chien. Plusieurs prestataires proposent des journées en yole combinant fonds blancs, mangrove et déjeuner sur un îlet privatisé, formule qui reste la meilleure façon de comprendre cette géographie morcelée.
La région se distingue clairement du Sud balnéaire voisin : ici, pas de longues plages de sable blanc comme aux Salines, mais une côte découpée, des îlets, une lagune. Le voyageur qui cherche des baignades calmes, du nautisme et un littoral peu construit y trouvera son compte. Celui qui veut alterner farniente sur sable fin et sorties en mer fera la navette avec la pointe Sud, à 40 minutes de route.
À découvrir
Journée en yole aux fonds blancs. Départ du ponton du François pour une boucle de 6 heures : baignoire de Joséphine, îlet Oscar, déjeuner sur l'îlet Thierry et passage par la mangrove du Robert. Eau à hauteur de taille en plein milieu de l'océan, ti-punch et accras servis à bord.
Iguanes de l'îlet Chancel. Une demi-journée pour observer l'iguane des Petites Antilles dans son dernier sanctuaire martiniquais. L'îlet conserve aussi les ruines de la première poterie de l'île, datée du XVIIe siècle.
Kitesurf à la pointe Faula. Le Vauclin offre un plan d'eau peu profond protégé du récif, avec des alizés réguliers de 15 à 25 nœuds entre décembre et juin. Plusieurs écoles proposent initiation et location.
Distillerie Clément à l'Acajou. L'habitation du XIXe siècle au François se visite avec son parc botanique, ses chais de vieillissement et sa case principale meublée d'époque. Dégustation de rhums vieux AOC Martinique en fin de parcours.
Cap Chevalier et îlet Chevalier. À la pointe sud-est, une petite plage et un îlet accessible à pied à marée basse par 200 mètres d'eau peu profonde. Restaurants de pêcheurs servant le poisson du jour face au large.
Quand y aller
La côte sud-atlantique se visite toute l'année, avec une nette préférence pour la saison sèche, le carême, de décembre à avril. Les températures de l'eau restent autour de 27°C, l'air entre 25 et 30°C, et les alizés soufflent régulièrement entre 15 et 25 nœuds, ce qui rafraîchit les journées et profite aux activités nautiques. Les pluies sont brèves, souvent matinales, et la visibilité sous-marine atteint son maximum (15 à 20 mètres) entre février et avril.
De juin à novembre, l'hivernage apporte des averses plus soutenues, particulièrement en septembre et octobre où les cumuls mensuels peuvent dépasser 250 mm. La houle reste cassée par la barrière de corail, donc les sorties en yole continuent, mais le risque cyclonique impose une vigilance entre août et octobre. Mai et juin sont une bonne fenêtre intermédiaire : moins de monde, eau encore claire, tarifs plus souples. Nous évitons en revanche les deux dernières semaines de juillet et la première d'août, période de congés métropolitains où les îlets et les fonds blancs deviennent denses.
Conseils pratiques
Compter 2 à 3 jours sur place pour profiter sans se presser : une journée pleine pour une sortie fonds blancs et îlets (environ 6 à 7 heures de mer), une demi-journée pour une distillerie et le bourg du François, une journée pour le Vauclin, la pointe Faula et le Cap Chevalier. La région est accessible en 45 minutes de route depuis l'aéroport Aimé-Césaire du Lamentin, et en 30 minutes depuis Fort-de-France. Toute la côte se parcourt par la N6 puis la D7, en voiture de location indispensable.
La combinaison la plus naturelle se fait avec le Sud balnéaire (Sainte-Anne, Les Salines, le Diamant) pour alterner plages de sable et sorties en mer, l'ensemble formant un séjour cohérent de 5 à 7 jours. Le centre Fort-de-France complète bien pour une journée urbaine et culturelle. Pour un voyage de 10 jours, nous ajoutons le Nord Caraïbe et la presqu'île de la Caravelle pour contraster avec les paysages volcaniques et la côte sauvage. L'hébergement va du gîte familial à la villa avec ponton privé, en passant par quelques hôtels de charme sur les îlets. La région convient particulièrement aux familles, aux plaisanciers et aux voyageurs contemplatifs qui préfèrent une journée en mer à une excursion en groupe. Les randonneurs trouveront plus de relief dans le nord de l'île.

